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Les Graveurs de Robert Beltz



 | Théo SCHMIED | Gilbert POILLOT |

Théo SCHMIED

Théo SCHMIED 
(10/09/1900 - 07/09/1985)

(Photo aimablement fournie par M. Alain Schmied)
Théo Schmied grava les trois premiers ouvrages illustrés par Robert Beltz, à savoir « Le Diable Boîtreux » de Lesage en 1945, « Les Âmes du Purgatoire, La Dame de Pique, Le Hussard, Djoumane » de Prosper Mérimée en 1949 et « L’Homme qui a perdu son ombre » de Chamisso en 1951 et une page de « La tentation de Saint Antoine » de Gustave Flaubert en 1979.

Monsieur Alain SCHMIED , fils de Théo SCHMIED, en réponse à ma lettre cherchant des renseignements sur la vie de Théo Schmied accepta d’écrire la biographie de son père. (Hugues Hoohs)
Théo Schmied réalisant une gravure sur bois.
(Photo aimablement fournie par M. Alain Schmied)

« Mon père est né à Paris, le 10 septembre 1900, son père était d'origine suisse et sa mère Alice Benechi d'origine italienne. Maître imprimeur, peintre graveur, Théo Schmied traverse le 20 ème siècle. Après ses études à l’école Alsacienne et au lycée Lakanal, il entre à l’atelier de son père François Louis Schmied.

(François Louis Schmied, né à Genève le 8 novembre 1873 et mort à Tahanaout, au Maroc , en janvier 1941, est un peintre, graveur sur bois, imprimeur, éditeur, illustrateur français d’origine suisse.
Ci-dessus un autoportrait réalisé par l’artiste ainsi qu’une photo de la gravure de F.L. Schmied . aimablement fournie par M . Alain Schmied illustrant Mahbub Ali, chapitrre VII de Kim de Rudyard Kipling (1865 – 1936) écrivain anglais , Prix Nobel de littérature).
Il suit les cours de l’école Estienne.
En 1926, il prend la direction de l’atelier auquel il participe comme graveur-pressier à la réalisation des ouvrages illustrés par François Louis Schmied.
En 1930, il participe à la création des éditions du « Bélier » pour lesquelles il illustre et grave « l’Avare ».

(La revue surréaliste « Minotaure » parue entre 1933 et 1939 fut créée sous l’impulsion d’Albert Skira et Tériade. Elle se consacra à l’art contemporain.)
(Illustrations et commentaire : source Google)

Esprit curieux et ouvert Théo Schmied s’intéresse au mouvement surréaliste ce qui l’amène à faire de la peinture et des estampes personnelles et à répondre dans la revue du « Minotaure » de 1933 : « La rencontre capitale de mon existence, le Surréalisme, par la lecture du « Clavecin de Diderot » de René Crevel, point de départ de l’orientation de mon esprit vers le Surréalisme, qui modifia brusquement et d’une façon tout à fait nécessaire à la satisfaction de mon esprit, ma manière de penser et ma manière de concevoir la vie. »

Comme graveur imprimeur, il transcrit en véritable peintre les paysages du « Sud Marocain » que lui adresse François Louis Schmied. Avec son épouse Florence il entreprend d’éditer et d’imprimer des livres d’enfants.

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« Un autoportrait de mon père constitué de lettres et de chiffres qui pourrait évoquer sa période surréaliste »
(Alain Schmied. Document aimablement fourni par Alain Schmied.)

C’est ainsi qu’il illustre de gravures sur bois : « L’Histoire de l’écureuil Croque-Noisette et de la pie Beau-Caquet » de Georgette Vaumale,

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(Gravure aimablement communiquée par Alain Schmied.)

« Histoire de Blondine, de Bonne-Biche et de Beau-Minon » de la Comtesse de Ségur
« Yvon et Finette » d’ E. de Laboulaye
« L’Oiseau Bleu » de Madame d’Aulnoy
Ils publieront également « La Pierre Magique » de Marcelle Mazelier, illustré et gravé par Fernando Lardelli.

(Pages 24 et 25 du livre de Georgette Vaumale ; documentation aimablement fournie par Alain Schmied)

A l’initiative du bibliophile Jacques André, il publie, illustre et grave le « Manuel d’équitation pour ma bien aimée » poème de Rudolf G. Binding.

Pour les éditions « Blaizot » il grave et imprime « Le Poète Rustique » de Francis Jammes, illustré par Madeleine Luka, « Le Diable Boiteux » de Lesage premier livre illustré par Robert Beltz dont il grave avec finesse les aquarelles...

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(Le Diable Boiteux de Lesage illustré par R. Beltz –photo H. Hoohs)

Et « Hamlet » illustré par Philippe Jullia. Il illustre les « Moralités Légendaires » de Jules Laforgue dont les gravures sur bois se mêlent au texte.
Pour Tériade, il grave et imprime les « Idylles » de Théocrite illustrées par Henri Laurens dont il partage l’amitié. Quelques années plus tard, il imprimera « Les Dialogues » de Lucien de Samosate dont il gravera les lettrines.
En 1947, très intéressé par l’œuvre de Saint Exupéry, il entreprend de compléter, par ses illustrations, « Vol de nuit » commencées par François Louis Schmied avant la guerre.

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(Illustration de Théo Schmied pour Vol de nuit – gravure fournie par Alain Schmied)

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(Illustration de Théo Schmied pour Vol de nuit – gravure fournie par Alain Schmied)

Il grave et imprime les bois des « Fleurs du Mal » en étant le fidèle interprète d’Henri Matisse qu’il appréciait.

(Henri Matisse est né à Cateau-Cambrésis le 31 décembre 1869 et décédé le 9 novembre 1954 à Nice à l’âge de 84 ans. Il fut le chef de fil du fauvisme. Son influence sur l’art du XX° siècle fut considérable.)

Théo Schmied était l’ami de son fils Jean, le sculpteur, dont il accueillera le fils Gérard en son atelier pour l’initier à la gravure sur bois et l’imprimerie.

(Deux dessins de Henri Matisse gravés par Théo Schmied – photos envoyées par Alain Schmied)

Il édite, illustre, grave et imprime « Knulp » d’Herman Hesse, traduit par Geneviève Maury. Le texte est orné de nombreuses lettrines variées affirmant l’esprit de l’ouvrage.

En 1949, Robert Beltz et Théo Schmied publient ensemble les nouvelles de Prosper Mérimée : LES ÂMES DU PURGATOIRE, LA DAME DE PIQUE, LE HUSSARD, DJOUMANE, LE CARROSSE DU SAINT SACREMENT.

(Les Âmes du Purgatoire –Illustrations de Robert Beltz gravées par Théo Schmied – Photos Hugues Hoohs)

Les illustrations de Robert Beltz sont gravées par Théo Schmied, imprimées dans son atelier. Ce fut l’occasion d’une collaboration fructueuse. En 1951, ils se réunissent à nouveau pour éditer l’ « Extraordinaire histoire de Pierre Schlemihl » d’Adelbert de Chamisso, illustrée par Robert Beltz et gravée par Théo Schmied et imprimée dans son atelier

(P Schlemihl de Chamisso –illustration de Robert Beltz gravée par Théo Schmied – photo Hugues Hoohs)

Pour l’éditeur Creuzevault, il grave et imprime « Sarn » de Mary Webb, illustré par Roland Oudot avec lequel il fera une estampe. Il grave et imprime « Grille » de Jean Piaubert de Michel Tapié et « TU » illustré par Jean Piaubert pour lequel il réalisera plusieurs estampes. Il défend la gravure sur bois en réalisant des estampes pour Pierre Charbonnier, Henri Laurens, Henry de Waroquier… et pour lui-même. Chaque fois, son expérience de peintre lui permettra d’exprimer la densité de l’œuvre dans ses gravures.

En 1960, pour les Centraux Bibliophiles, il grave et imprime « Entretiens sur la Pluralité des Mondes » de Fontenelle illustré par Chapelain Midy.

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(Copie de la gravure « Entretiens sur la Pluralité des Mondes » de Théo Schmied aimablement fournie par Alain Schmied.)

De 1967 à 1975, Théo, à temps partiel, aura la charge de l’enseignement de son art et sa technique à l’Ecole des Beaux Arts de Dijon.

En 1978, l’ADAC de Paris confie à Florence et Théo Schmied la direction d’un atelier de gravure sur bois, typographie et impression typographique. En 1983, comme le relate Anne Bony, Théo reviendra plus librement à sa passion : l’estampe et la peinture.

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(Une gravure de Théo Schmied d’après une peinture de son père François Louis Schmied : Ouarzazate dans le Sud Marocain. Document aimablement fourni par Alain Schmied. Ouarzazate est une ville marocaine de 71 000 habitants située à 1 150 mètres d'altitude au sud du Haut Atlas, à la porte du désert du Sahara.)

« En été, les températures moyennes maximales atteignent 37 °. Mais les hivers sont assez froids puisque les températures peuvent facilement descendre en-dessous de zéro entre décembre et février. »
(informations glanées sur Wikipédia)

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(Une gravure de Théo Schmied d’après une peinture de son père François Louis Schmied : La Koutoubia . Document aimablement fourni par Alain Schmied. La mosquée Koutoubia est un édifice religieux édifié au XII° siècle à Marrakech.)

Théo Schmied s'est fait renversé par une voiture le 6 au soir et est décédé le 7 septembre 1985 à Paris.

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La tentation de Saint Antoine de Gustave Flaubert a été tirée à 250 exemplaires sur Vélin de Rives pur fil en 1979.
Chaque exemplaire comprend 37 aquarelles gravées sur bois par Gibert Poilliot (de la page 5 à 135) , Théo Schmied (la page 137 : la gravure ci-dessus) et Guy Descouens (de la page 145 à la fin). Le texte a été composé à la main en Colombia corps 20 et en Garamond de corps 10. Cette édition a été réalisée pour le texte par les ateliers Rigal à Fontenay-aux-Roses et pour l’impression des bois gravés dans l’atelier d’art des maîtres-pressiers Gray à Antony, Théo Schmied à Montrouge et Pierre Jean Mathan à Boulogne-sur-Mer.

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Gravure tirée de « L’Homme qui a perdu son ombre » d’Adelbert de Chamisso illustrant le passage lors duquel Peter Schlemihl discute près d’une grotte avec « l’homme en gris » qui lui a troqué son ombre contre la bourse de Fortunatus, laquelle ne s’épuise jamais. Lors de cet entretien Peter Schlemihl désire savoir ce qu’il advint de M. John, personnage très fortuné auquel il fut recommandé au début du roman. L’homme en gris tire le fantôme de M. John de sa poche. Peter Schlemihl, saisi d’horreur, jette la bourse dans le gouffre en s’écriant à l’encontre de l’homme en gris : « Ne parais jamais devant mes yeux. »


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Gilbert POILLOT

Gilbert Poilliot
(1900 – 1977)

« Le graveur selon mon cœur » (Robert Beltz)

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Gilbert Poilliot grava « Les Contes des Bords du Rhin » d’Erckmann-Chatrian soit 2 volumes parus l’un en 1952 et l’autre en 1963 , »Histoires extraordinaires » de Poe également 2 tomes (1958 et 1981), « Les Contes fantastiques » d’Hoffmann (1968), « Faust » de Goethe (1971) et « Les Fleurs du mal » de Baudelaire (1977), soit la moitié des ouvrages illustrés par Robert Beltz.

Cette petite biographie a pu voir le jour grâce à l’aide précieuse d’Isabelle Tissier, petite fille de Gilbert Poilliot, de Madeleine Dujardin-Poilliot, épouse de Michel Poilliot, fils aîné de Gilbert Poilliot et de Jacqueline Barabazanges, fille de Gilbert Poilliot . À toutes ces personnes je témoigne, du fond du coeur, ma très vive gratitude et ma profonde reconnaissance pour toute l’aide apportée. (Hugues Hoohs)

« La gravure sur bois est à l'origine de l'imprimerie, ainsi que la gravure sur cuivre qui peut être faite soit au burin soit à l'eau forte. Gilbert POILLIOT, né avec le siècle, en l’an 1900, a appris la gravure sur bois à l'école Estienne, dont il est sorti en 1917. À cette époque la photographie n'avait pas encore conquis l'illustration des catalogues de vente par correspondance, aussi tout en ayant un métier indépendant, il était assuré d’avoir un métier d'avenir. » (Madeleine Poilliot)
« Gilbert Poilliot est né le 24 février 1900 (Isabelle Tissier)

« L'École Estienne ne formait pas seulement des tâcherons mais aussi des artistes dont les capacités équivalaient, dans un domaine totalement différent, à celle des grands établissements comme l' École Polytechnique. C'est pourquoi Gilbert Poilliot avait pu développer ses dons de coloriste. Il est amusant de constater qu'en choisissant ce travail sur bois il perpétuait la tradition familiale de menuisiers et d’ébénistes. » (Madeleine Poilliot)

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École Estienne de Paris – façade principale
(Photo : fr.wikipedia.org/wiki/École_Estienne)

« À l’âge de 15 ans il a été élève à l’École Estienne de Paris en laquelle il apprit en plus du dessin la gravure sur bois. » (Jacqueline Barbazanges) « Au début des années 70, Gilbert POILLIOT fut nominé Meilleur Ouvrier de France » (Madeleine Poilliot)
« Il a travaillé pour différentes maisons (outils chirurgicaux, timbres de France, lunettiers et d'autres dont je ne me souviens plus). Il a donné des cours de gravure à l'école Estienne. Il a travaillé pour monsieur Gandon (Pierre Gandon, né le 20 janvier 1899 à L'Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne) et mort le 23 juillet 1990, était un dessinateur, peintre et graveur de timbres-poste français. Gilbert Poilliot a gravé de nombreux timbres pour les administrations postales françaises - métropole, colonies avant et après leur indépendance et étrangères.- fr.wikipedia.org/wiki/ Pierre_Gandon), le peintre Roger Chapelain-Midy (Roger Chapelain, dit Roger Chapelain-Midy, né le 24 août 1904 à Paris, mort dans cette même ville le 30 mars 1992, était un peintre, lithographe, illustrateur et décorateur de théâtre français -fr.wikipedia.org/wiki/Roger_Chapelain-Midy.) . Il a gravé des illustrations de livres, surtout ceux de monsieur Beltz dont vous connaissez les œuvres. » (Jacqueline Barbazanges)

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(Photo aimablement fournie par Isabelle Tissier)

La banque de France a fait appel à ses services pendant plusieurs années en partenariat avec monsieur Armonelli.

Berthe Marcou qui a été son élève a aussi partagé du travail avec lui. » (Jacqueline Barbazanges) Après un premier mariage, devenu veuf, Gilbert Poilliot épousa Mlle Renée Chotin, le 8 avril 1926 » (Madeleine Poilliot)

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Sur cette photo, mon grand père est entouré de sa femme, Renée Poilliot, et de son cousin, Marcel Frilley, en juillet 68. Par contre je ne sais pas à quelle occasion c'était, peut-être quand il a été sacré meilleur ouvrier de France...
(Photo et légende aimablement fournies par Isabelle Tissier)

« Le jeune ménage s’installa d'abord à Besançon dans le Doubs. Par la suite le couple acheta un pavillon à Antony dans les Hauts-de Seine en 1930. En 1968 déménagèrent au Jarrier, un petit hameau en Seine et Marne près de Nangis (77370) De cette union naquirent trois enfants :
- Michel Poilliot né en avril 1927
- Nicole Tissier née Poilliot (ma mère) le 25/10/1933
- Jacqueline Barbazanges (née Poilliot) le 26/05/1938.
(Isabelle Tissier)

« Les deux premiers, à leur tour, entrèrent dans le même sillon que leur père :
Michel, mon mari, sorti de l'école Estienne en 1945, dans la section lithographie a durant toute sa carrière exercé son métier de dessinateur et de créateur de « Police de caractères » et, par la suite, il fut dessinateur, metteur en page et chef de studio dans une agence de publicité spécialisée pour l'industrie comme de Wendell, Alsthom ou Grèceram, etc .

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« Sur cette photo, mon grand père lit dans son jardin (d'ailleurs c'est la revue "Arts ménagers" et non "Arts et Métiers"!!....çà aurait été plus logique ! C'est vrai, mais là il avait dû la piquer à ma grand-mère...), il est au "Jarrier", un petit hameau près de Nangis, en Seine-et-Marne, où il a vécu avec ma grand-mère pendant sa retraite et ce jusqu'à sa mort, en 1977. » - Isabelle Tissier.

Nicole a suivi les cours de l'école Supérieure des arts déco à Paris. Pendant de très nombreuses années, elle a en France d'abord, puis en Espagne, fait des travaux de mise en page et d'illustration dans un des plus grands journaux de Madrid. Après son mariage avec Jean Tissier elle s'est consacrée, comme sa sœur Jacqueline, à l'éducation de leurs deux filles Isabelle et Caroline.

Jacqueline est devenue très jeune l'épouse de Jean Barbazanges. Ils ont eu une fille Sylvie et un garçon Roland. Sans en avoir fait une profession Jacqueline elle aussi peint avec des dons assurés.

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Robert Beltz d’après une peinture à l’huile (81 X65 cm) de M. Lucien Jung - Photo réalisée par Luc BERUJEAU – Strasbourg.

Avant de connaître monsieur Robert Belz, Gilbert Poilliot avait, entre les deux guerres, assuré à sa famille une vie aisée. Il avait, comme beaucoup de français, bénéficié de la Loi Loucheur pour acquérir une maison à Antony. Néanmoins il était toujours resté en contact avec son école où il transmettait, en tant que professeur, les bases de son métier. Après la seconde guerre il participait activement chaque semaine, durant la période scolaire, à une école du soir qui permettait à des employés travaillant dans le domaine de l'imprimerie d'acquérir des connaissances sérieuses. (Ce fut mon cas, car j'aurai voulu être étudiante à Estienne, mais en 1945 les filles n'y étaient pas admises).

Les participants à INIAG, c'était le nom des cours du soir, voyaient au début de chaque soirée un cerbère : Gilbert POILLIOT. En effet, il vérifiait scrupuleusement l’assiduité de chacun car trois absences, sans excuse, éliminaient les inconstants.

C'est plusieurs années plus tard que j'ai fait la connaissance de Michel. En devenant membre de la famille, je découvris que Gilbert Poilliot travaillait à l'élaboration de billets de banques en tant que graveur sur bois. » (Madeleine Poilliot)

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Internet : billet gravé par Gilbert Poilliot.

« La différence, énorme, entre ce travail et celui qu'il faisait avec Monsieur Beltz était que les billets de banques sont exécutés en quatre couleurs, alors que les illustrations de Monsieur Beltz s'imprimaient en de nombreux passages d'impression sur le papier, entre 15 et 20 comme il en parle dans son interview réalisé par FR3 Alsace. » (Madeleine Poilliot)

« Avant de clore cet historique je voudrais évoquer deux anecdotes concernant Gilbert POILLIOT.

Comme tous dessinateur, Gilbert sortant de l'école Estienne, transportait son carton à dessins. Un jour déambulant sur un trottoir il ne vit pas une bouche d'égout ouverte. C'est son carton à dessins qui l'empêcha de disparaître dans le trou, ce qui permit aux passants de le sortir de cette malencontreuse situation.

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La photo où il lit le journal dans le salon de mes parents a été prise à Voisins-le-Bretonneux (Yvelines), en 1972 ou 73.
(Isabelle Tissier)

Beaucoup plus tard, un de ses clients faisant traîner le paiement d'un travail, et désespérant d'obtenir le règlement de cette facture, il se rendit chez ce monsieur en question, s'installa dans la salle d'attente avec un sac de couchage et des provisions en précisant : »Je resterai ici jusqu'au paiement de ce que vous me devez » et il s’allongea par terre et dévorant un sandwich devant les personnes qui attendaient leur tour pour être reçues !

Il obtint par ce moyen le règlement espéré et put ainsi rompre définitivement toute relation avec ce mauvais payeur.

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(Gilbert Poilliot en son atelier de gravure. Photo aimablement fournie par Isabelle Tissier)

Comme vous le voyez mon beau-père avait une forte personnalité, il exerçait sa rigueur aussi bien vis-à-vis de lui-même qu'auprès de sa famille. C’était un homme travailleur et autoritaire. Le travail comme les distractions étaient des choses sérieuses et je me souviens qu'une partie de cartes déchainait sa passion comme si du gain dépendait son avenir.

Son métier était la base de sa vie, et il a trouvé chez Monsieur Robert BELZ, un autre artiste, une sorte d'alter ego.

Tous deux étaient choyés par la vie car ils trouvaient dans leur travail la justification de leurs existences. »
(Madeleine Poilliot).

Avant sa disparition en 1976, Gilbert Poilliot avait été interviewé, en son domicile, par un journaliste de la télé régionale de Strasbourg.
(Madeleine Poilliot) (Fin des interview familiales.)

Le site https://www.youtube.com/watch?v=SGOTjSn6wMs met en scène durant 12 mn une interview réalisée par le producteur et réalisateur Roland HOLLINGER de la chaîne FR3 Alsace intitulé

« Entre les lignes, après les mots ou images de Robert Beltz. »

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Henry de Montherlant (20 -04 -1895 – 21 -09 -1972)
Photo du site Google

Le commentaire de ce film est intéressant à plus d’un titre.
«Henri de Montherlant dont les éloges ont été rares et mesurés a pu dire que l’œuvre de Robert Beltz, fine et sensible dans l’imagination la plus originale, l’avait particulièrement séduit. Cette œuvre pourtant s’inscrit en marge des nôtres. Renouant avec la tradition rhénane d’artistes illustrateurs tels que Gustave Doré, Robert Beltz met tout entier son talent au service d’une œuvre littéraire. Ne sacrifiant jamais à la recherche d’une originalité tapageuse, son art trouve sa juste place dans cette frange crépusculaire de l’esprit à la lettre de l’œuvre écrite dont les images suggérées se fondent et se défont au-delà du miroir des mots justes. » Robert Beltz en saisit pour nous la résonnance ultime ; il arrête les images fugaces du temps de lire pour nous proposer gravées dans l’espace paginé du livre ses propres images.

Robert Beltz raconte: « Cela a commencé par le théâtre aussi extraordinaire que cela puisse paraître. J’aimais le théâtre et j’aimais la mise en scène. Seulement le théâtre, c’est toute une vie et je dus y renoncer.

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Dessin de Robert Beltz.

Alors faire de l’illustration c’est en quelque sorte une mise en scène : vous transposez non plus dans le monde des gestes le texte de l’auteur, mais dans le monde des formes.

Mon premier livre « Le Diable Boiteux » est un livre qui m’avait charmé enfant et même jeune homme. Et je rêvais toujours… si j’illustrais un livre, d’illustrer celui-là. À Toulouse, où les nécessités de la guerre m’avaient amené, la première chose que j’avais faite, étant en congé de mon métier de Strasbourg, était d’acheter « Le Diable Boiteux » et je l’ai illustré.

Ce travail mené à son terme, j’ai été à Paris, j’ai vu Blaizot qui était un grand éditeur de l’époque et qui l’a pris tout de suite.

Deux illustrations extraites du »Diable Boiteux » de Lesage.

Le Diable Boiteux, pour remercier l’escholier Cléophas de l’avoir délivré, lui montre ce qui se passe dans les demeures madrilènes.

C’est ainsi que tout a commencé. Et non seulement l’illustration mais aussi la gravure sur bois. Blaizot m’avait proposé et dit d’ailleurs que mes illustrations seraient reproduites en bois. À ce moment-là, le bois pour moi était des gravures en noir extrêmement frustes. Eh bien, pas du tout ! Vous arrivez en bois à des choses absolument extraordinaires.

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Dessin de Robert Beltz. Le soultzois Robert Altheimer – graveur sur bois au travail.

On a voulu raconter des choses stupides, qu‘un livre n’a de valeur que s’il est gravé par l’illustrateur. Mais cela revient à dire que la cathédrale de Strasbourg est moins belle parce qu’ils s’y sont mis à plusieurs pour la construire. La plupart des livres de valeur qui circule chez les bibliophiles a été gravée par des graveurs et non pas par des illustrateurs. D’ailleurs c’est une impossibilité. Quand on voit l’œuvre d’un Gustave Doré, de penser qu’il ait pu graver lui-même, il aurait fallu quatre ou cinq vies !

Sébastien Brant - La Nef des Fous.

Baudelaire – Les Fleurs du Mal – Les 7 vieillards –Un bois gravé et un tirage.

On m’a appris à écrire, mais personne ne m’a pas appris à dessiner. La plupart du temps les personnes s‘imaginent que l’artiste, l’illustrateur voit ce qu’il va faire et le dessine.

Mais non, c’est l’inverse qui se produit : son dessin vient sous son crayon et il le découvre en même temps que quelqu’un qui regarderait par-dessus son épaule, derrière lui.

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Bois de « La nef des folles « de Josse Bade.

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Dessin original de Robert Beltz.

C’est toujours une surprise pour moi de voir le dessin apparaître. Et j’ai l’impression d’ailleurs quand un dessin est fini que c’est le dernier que je pourrais faire. Ma tête est vide pour les autres. Mais, quand je prends le crayon, le même phénomène se reproduit.

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Les Contes fantastiques d’Hoffmann – Coppélius

On m’a dit souvent que j’étais l’illustrateur du fantastique ; C’est un peu vrai, en ce sens que j’ai toujours choisi, mais pas parce qu’ils étaient fantastiques mais parce qu’ils me plaisaient simplement, des auteurs comme Hoffmann, Baudelaire, Edgar Poe. Ils ont d’ailleurs un fantastique différent. De quoi est fait en somme ce fantastique ?

Il est fait de la présence de l’invisible dans le visible. C’est l’écriture de l’invisible dans le visible. Un visage qui sourit mais c’est l’invisible pour qui sait regarder. Et le dessinateur arrête au moment voulu le geste qui définit la pensée invisible qui la sous-tend.

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Histoires extraordinaires d’Edgar POE – Le diable dans le beffroi

Si j’ai édité des livres, c’est par amour du livre et, par conséquent, j’ai été amené à les éditer moi-même parce que c’était la seule façon de faire ce que je voulais. Et faire un beau livre, un grand livre c’est un travail d’équipe.

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Edgar POE – Histoires extraordinaires (1981).

Il faut d’abord le papier, l’impression du texte, l’illustration naturellement, le graveur et, aussi, quand on pense qu’il faut plusieurs couches de couleurs de 15 à 20 sur la même planche un excellent maître-pressier : le nombre de maître pressiers qui peuvent faire ça au monde est extrêmement rare. Mais le graveur est essentiel.

Le graveur confère une noblesse au livre que personne d’autre ne peut lui donner. Gilbert Poilliot m’épate ! Il m’épate comme au premier jour et j’avoue que souvent je lui dis : « l’artiste c’est vous ! Ce n’est pas moi. » Il répond : « C’est possible, mais je serai incapable de faire un dessin. » Robert Beltz poursuit : « Il est essentiel qu’il y ait une collaboration intime entre le graveur qui va vous traduire et moi-même. »

Edgar POE – Histoires extraordinaires – Le cœur révélateur. Un bois gravé et un tirage.

Gilbert Poilliot prend la parole: « C’est très simple et facile de faire un bouquin. Robert Beltz choisit un texte ; naturellement c’est toujours des textes un peu fantastiques : cela a toujours été son genre ! Mais ce qu’il y a de difficile dans la gravure d’interprétation c’est de respecter le dessinateur tout en amenant sa technique de graveur. Il ne faut pas que je fasse une gravure de Poilliot d’après un dessin de Beltz mais il faut que je fasse un dessin de Beltz gravé par Poilliot.

Edgar POE – Histoires extraordinaires – Le cœur révélateur. Un bois gravé et un tirage.Edgar Poe-histoires extraordinaires – L’homme des foules. Un bois et la gravure aboutie.

Robert Beltz se tenant à ses côtés, Gilbert Poilliot grave un bois, tout en expliquant ses faits et gestes : « Alors là je prépare le noir ; quand j’aurai gravé le noir et que je vais encrer là-dessus, cette gravure paraîtra foncé à côté de votre document.
Si je prends un peu plus noir, à peine ! je serai trop chaud tandis que vous , vous êtes beaucoup plus froid. Si, par contre je vais mettre un petit peu de taille … en prenant de l’encre brun noir, je vais obtenir exactement votre ton. En général, dans vos dessins, je ne mets jamais de noir.
- Il n’y en pas d’ailleurs !
- Vous faites comme moi. Vous mettez des couleurs.
- Ma couleur la plus foncée, c’est la sépia naturelle.

Dessin de Robert Bletz pour "Les Fâcheux" de Molière

Illustration de R.B. de « La colline inspirée » de Maurice Barrès.

- On a échangé et supputé avec Robert Beltz, il y a un an, quand on avait terminé « Les Fleurs du Mal ». On a dit : » Est-ce qu’on en fait un autre ? » en raison de nos âges…
- Alors on a pris le risque d’en faire un. À présent, « La tentation de Saint Antoine » en chantier depuis 8 ou 10 mois sortira fin 1977.

Tentation de Saint Antoine

Molière – Don Juan et Le Bourgeois Gentilhomme.

Et Robert Beltz d’ajouter : « Je ris d’ailleurs. À chaque fois que l’on lance un livre, il y a une discussion avec Poilliot : évidemment on arrive à des temps records ! Et il me dit : « J’aurais fini à telle date. » Je n’en crois pas un mot. Et c’est toujours moi qui ai raison parce que je dis : « Non, ce n’est pas possible. Vous ne pouvez pas le faire avant telle date. » Quand la date arrive, ce n’est pas fini.

Par conséquent, on ne devrait pas parler du temps. Cela me fait penser à la réponse dans Molière du monsieur qui dit :
- « Au reste, vous saurez, Monsieur, que je n’ai mis qu’un quart d’heure à le faire.
- Voyons, Monsieur, le temps ne fait rien aux affaires. »

École des femmes 

Impromptu de Versailles

Molière – Deux illustrations du Misanthrope.

Comme la gravure sur bois fut évoquée lors de l’entretien entre « nos » deux artistes, voici, ci-dessous, un bref aperçu sur ce sujet.

La gravure sur bois est certainement l’un des procédés les plus anciens de reproduction graphique. Comme pour beaucoup d’inventions les Chinois furent des précurseurs en la matière. Cette technique apparaît en Europe à l’époque des croisades comme, d’ailleurs, celle de la fabrication du papier.

Un bois de fil et un bois debout .

À l’origine la gravure se pratiquait sur « bois de fil » (bois pris dans le sens de la fibre de l’arbre). Le graveur grave en épargnant le trait : il amène le sujet en relief sur la surface du bois à l’aide d’une gouge (pointe à graver) : c’est la taille d’épargne.

Plus tard, l’emploi de « bois debout » (assemblage de petits blocs de bois, pris dans le sens transversal de l’arbre, de manière que la fibre de bois soit perpendiculaire à la surface à graver) permettra une plus grande finesse de la gravure. Du simple contour au trait, la taille avec les entretailles, les tailles rentrées, les pointillés, va évoluer vers les cimes du métier.

Trois bois gravés de Baudelaire

La rareté du bois debout a poussé les graveurs à chercher une matière contemporaine, d’où depuis les années 1960 – 70 l’utilisation de plaques de celluloïd opaques et polies. Bien que le support ait changé, l’appellation de « gravure sur bois » demeure à juste titre puisque l’essentiel du procédé manuel reste inchangé.

Le graveur reporte sur la plaque le dessin à reproduire, à l’envers, soit par un décalque minutieux, soit par un report des traits de l’illustration. La gravure exige une grande sûreté de main.

Dans le cas d’illustrations polychromes, il faut avoir à l’esprit, que chaque couleur, teinte franche ou demi-teinte, nécessite une planche gravée séparée.

Lors de l’impression, le maître imprimeur devra faire succéder les teintes gravées dans l’ordre prévu par le graveur. D’où la nécessité d’avoir un graveur de talent, un chromiste confirmé et un maître imprimeur hautement qualifié.

La gravure sur bois permet des finesses et des intensités de couleurs subtiles ainsi qu’une impression de relief tout à fait particulière.
Hugues Hoohs

(Les photos concernant les illustrations de Robert Beltz furent prises par Hugues Hoohs)

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